On le sait, les médias sont capitalo-centrés. Un petit incendie à Paris fait 12 heures sur BFMTV, alors que le même à Montpellier fait un interligne. Ce faisant, les blocages routiers bénéficient du même effet. Lorsqu’un média veut évoquer les embouteillages générés par un blocage de grévistes, on nous montre forcément une carte de la région parisienne.

J’entends bien que la région parisienne concentre les allées du pouvoir central, mais enfin, quel ridicule ! Faut-il rappeler que les Airbus sont fabriqués à Toulouse ? Faut-il faire mémoire du poids des vins de Bordeaux dans la balance commerciale ? etc.

Non, Paris n’est pas la France, et cette attitude condescendante est un autre des symptômes de cette fracture qui sépare les élites auto-proclamées du reste de la population… ce reste étant simplement l’énorme majorité !

Ce qui était une des plus grandes fiertés de la France est devenu l’une de ses plus grandes hontes : le réseau médical public.

Dans la série “où va l’argent ?”, la déchéance de ce qui fut le fleuron de notre société, réellement envié par toute la planète, est incompréhensible. Les fermetures en régions commencent même à mettre nos vies en danger, et ça, c’est insupportable.

Lorsqu’il faut faire 50 km en voiture pour accoucher – ce qui, rappelons l’évidence, peut se dérouler dans l’urgence absolue – la vie des futures mères – et de leur bébé – est évidemment mise en danger. Ne parlons même pas des personnes qui n’ont pas le permis de conduire ! Qui va les accompagner sur une heure de route ?

Les autorités ont beau jeu de déplorer l’exode rurale ; si les régions deviennent invivables – au sens premier du mot – quelles solutions ont les Français qui se soucient de leur santé ?

Le maillage territorial des services publics est en complète déliquescence. Ce qui est triste pour La Poste – mais pas gravissime – devient monstrueux dans ses implications pour la vie quotidienne en ce qui concerne l’Hôpital.

La question en suspens est toute simple : les Français peuvent-ils encore vivre en campagne ?

La fracture entre Paris et les régions n’est pas une donnée nouvelle. Les chroniques des temps anciens relatent déjà le mépris de la capitale pour les provinces d’alors, et l’incompréhension des habitants desdites provinces devant le mode de vie jugé superficiel des Parisiens et des Versaillais.

Fin 2018, ce sont bien sûr les régions qui sont montées au créneau pour se rebeller contre la hausse du prix du carburant, lançant le mouvement que l’on sait. Résultat : le pays au bord du chaos. C’est dire la puissance putative des régions, si elles veulent bien se bouger.

Je me souviens d’une image troublante vue en direct pendant une manifestation parisienne des Gilets jaunes. La police montée (à cheval donc), s’apprêtait à repousser un pan de la manif dans une avenue parisienne. Là, des Parisiens étaient attablés en terrasse, prenant leur petit café ou terminant leur déjeuner. Sur le trottoir : douceur et volupté. À un mètre de là, sur les pavés, la guerilla. Tout était résumé : la fracture entre ceux qui n’arrivent même plus à vivre et n’ont donc plus rien à perdre, et ceux qui bénéficient à fond de la mondialisation galopante.

Aujourd’hui, en pleine réforme des retraites, le schisme est de nouveau d’actualité. Les régions ne doivent pas oublier leur puissance.

L’idée de l’administration de François Hollande était de réduire les coûts en réduisant le nombre de région. C’est évidemment l’inverse qui s’est produit.

Comme tout ce qu’entreprit François Hollande en matière de politique intérieure, sa reforme des régions est un échec. On pensait naïvement diviser les coûts en divisant les régions ; en fait, ils se sont multipliés.

La subsidiarité fait peur. L’administration centrale a d’abord retiré tout pouvoir effectif (et tout budget) aux maire de France. Ensuite ce sont les départements qui ont trinqué. Puis désormais les régions.

Et puis, n’oublions pas que l’Union européenne cherche désespérément à “casser” les nations – c’est même l’une de ses missions officielles, affichées – pour les remplacer par des “régions” transnationales. Mettre nos régions artificiellement à la taille des super régions européennes, c’est se mettre au pas des souhaits mortifères de Bruxelles. Même si le prix à payer est énorme : désenracinement des administrations “locales” qui deviennent complètement déconnectées des réalités du terrain, et surcoûts engendrés par tout un tas de problèmes apparus avec ces nouvelles régions (déplacements incessants, etc).

Encore une fausse bonne idée, sur laquelle, bien entendu, on ne reviendra jamais. Nos hommes politiques n’ont aucun courage.

Comme tout un chacun – je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans, etc. – vous vous souvenez probablement des affaires de remembrement. Ce mot magique qui signifia, pendant les années 70 et 80, un éternel changement dans les parcelles agricoles – mais pas seulement.

Pendant ce fameux remembrement, on détruisit des haies. Par centaines de milliers. Forcément : il fallait augmenter la rentabilité des terres, et donc détruire chaque espace non cultivable.

Résultat : ce que la sagesse humaine de dizaines de milliers d’années avait construit fut détruit en moins de 20 ans. Avec les résultats que l’on sait : des catastrophes chaque année.

Vaison la Romaine sous les eaux. Sablé-sur-Sarthe sous les eaux. Des habitations détruites. Autant de glissements de terrain. Et, de plus en plus, chaque année, des morts.

La passion actuelle de la jeunesse (climat, planète) devrait nous apprendre à regarder notre passé récent avec des yeux nouveaux, et à ne plus reproduire ces bêtises gravissimes qui ont mis temps de vies en danger…

La tragédie du pont de Gênes, en Italie, avait, croyait-on, éveillé quelques consciences en France. Avec à la clef une question toute simple, mais aux implications majeures : « Au fait, qu’en est-il des ponts en France ? »

Le moins que l’on puisse dire est que cette question avait fait tousser dans les préfectures. Et pour cause : personne ne connaît le nombre exact de ponts en France ! Ils sont surveillés, « bien sûr », nous dit-on, mais un par un, comme ça, sans grand plan d’envergure…

Le réveil fut brutal ce matin. Vers 8 heures du matin, un pont suspendu qui date de 1935 – et fut remis en état en 2003 – s’est effondré sous un camion. Alors que j’écris ces lignes, déjà on annonce la mort d’une adolescente de 15 ans. Mais le bilan sera peut-être plus lourd.

Quoi qu’il en soit, ce qu’on soupçonnait devient une cruelle réalité : l’état des infrastructures françaises n’est plus celui auquel nous avons été habitués. En France, tout était meilleur qu’ailleurs : les routes, les ponts, la médecine, l’enseignement, le service postal, etc. Or, désormais il nous faut nous habituer à un nouveau paradigme : tout part à vau l’eau.

Si cette situation met en péril nos vies, nous entrons dans une époque qui risque d’engendrer de nouvelles révoltes.